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Jacques BOLO

En finir avec la question de la laïcité

Ebook, ed. Lingua Franca, Paris, juin 2020, 83 p., ISBN : 9782912059055, 3 €

Introduction

Depuis la fin des années 1990, la question de la laïcité a envahi l'espace public français et les médias en se présentant comme une caractéristique nationale au point que certains veulent la faire figurer (à nouveau) dans la constitution. Tout le monde sait bien pourtant que c'est au mieux une façon de parler de l'islam, du fait de l'augmentation de la population musulmane en France depuis les années 1980. Auparavant, on ne parlait pas de laïcité. À la rigueur, c'était un artifice académique d'anticléricaux un peu folkloriques.

Dans la figure suivante, on constate parfaitement une croissance explosive des statistiques du mot-clé « laïcité » dans les notices de la BNF de 1950 à 2019 !

Comme on le voit, presque personne ne parlait de laïcité en France depuis longtemps avant l'élection de la gauche en 1981. La première étape du retour de ce thème a été causée, en 1984, par la nouvelle querelle scolaire déclenchée contre le projet de loi Savary par les partisans des écoles privées (souvent confessionnelles). Cette controverse a été remplacée rapidement par la question du voile islamique à l'école en 1989, pour les premiers épisodes d'une saga qui dure encore en 2020.

Dans les années 1970-1980, les questions religieuses étaient moins brûlantes dans l'aire catholique européenne du fait de la sécularisation qui a suivi les réformes du concile Vatican II (1962-1965). Ailleurs, le nationalisme arabe était surtout marqué par la question palestinienne et il était influencé par le tiers-mondisme marxiste, du fait de l'appartenance de pays du Moyen-Orient au camp de l'Est ou aux pays non-alignés, pendant la période de la guerre froide. Internet a pu nous remémorer cette laïcisation moyenne-orientale avec les photos d'Afghanes dévoilées de la période soviétique ou un fameux extrait vidéo où Nasser, le président égyptien, se moque du port du voile (vers 1954).

Dans les années 1960-1990, en Occident, on avait aussi pu observer une mode des spiritualités orientales, le bouddhisme en particulier, voire le chamanisme ou l'islam soufi et quelques autres religiosités exotiques ou occultes sous formes plus ou moins sectaires ou new-age. Une première réaction contre la libération des mœurs et contre la moindre influence de l'Église a eu lieu de la part des chrétiens traditionalistes, en France avec le schisme de Monseigneur Lefebvre (1970-1988) ou aux États-Unis avec les évangéliques protestants ou born-again, dont l'influence a provoqué l'élection de Ronald Reagan en 1981.

Le fondamentalisme musulman est apparu tardivement à cette époque. Il avait été initialement soutenu par les États-Unis pour contrer l'influence soviétique en Afghanistan et ailleurs, ou même par Israël contre l'OLP de Yasser Arafat. Mais le vrai tournant a été la conséquence de la révolution islamique iranienne de 1979, qui rejetait la modernisation autoritaire imposée par le Shah d'Iran et bénéficiait du soutien initial des démocrates et des marxistes locaux, avant qu'ils ne soient éliminés par les ayatollahs. C'est ensuite que le fondamentalisme islamiste a vraiment eu droit de cité et il s'est développé plus récemment surtout grâce au soft power salafiste financé par les pétrodollars.

Aujourd'hui, la laïcité affirmée est parfois un simple stratagème, soit d'islamophobes fanatiques pour une raison ou pour une autre (racisme ou anti-immigration), soit de ceux qui croient plus ou moins sincèrement que l'islam représente un problème du fait de l'actualité, avec le terrorisme islamique en particulier. Pour les athées, l'islam représente le même problème que celui du catholicisme, protestantisme, judaïsme, bouddhisme et autres. C'est bien l'origine de l'affaire des caricatures de Mahomet reprises par l'équipe anticléricale de Charlie hebdo, qui a toujours tapé également sur toutes les religions. L'islam est aussi un problème pour certains musulmans qui veulent prendre un peu de distance avec leur religion.

L'erreur de certains qui se croient laïques aujourd'hui a donc consisté à croire à la fin de l'histoire religieuse, comme d'autres, en 1989, ont cru à la fin de l'histoire ou des idéologies à la chute de l'URSS. Parler d'un « retour du religieux » signifie surtout qu'on se trompait précédemment sur sa disparition. Ce présumé retour risque aussi d'être une erreur parce qu'on assiste au contraire à un renouveau de l'athéisme militant ou indifférent, dont les effets restent à confirmer. Je ne fais pas de prédictions sur le sujet. Une difficulté pour comprendre les phénomènes sociaux concerne justement l'exagération de l'importance des tendances nouvelles.



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